« Aujourd’hui, l’orientation des jeunes est proposée au niveau de la cinquième, de la troisième et de la terminale. Quand on arrive à l’université, on est laissé à l’abandon », dénonce Damien Cerqueus, de la Joc (Jeunesse ouvrière chrétienne). « L’accompagnement doit commencer plus tôt et ne pas s’arrêter aux portes de l’université. Mais pour cela il faut mettre des moyens. »
Au-delà de l’accompagnement et du conseil, le choix de spécialisation dans les disciplines universitaires et dans les filières professionnelles ne devrait pas se faire si tôt, selon Michel Lussault, qui propose de repenser tout le premier cycle post-bac. « Il y a un lien trop fort entre formation, diplôme et emploi. En France, se former c’est obtenir un diplôme, alors qu’en fait il s’agit avant tout d’acquérir des compétences. Il faudrait remettre à plat toutes les formations de façon à les organiser en fonction des compétences à acquérir. C’est pourquoi nous proposons un post-bac indifférencié à l’intérieur des universités et une spécialisation à 20-21 ans seulement, après cette première étape. C’est pour cela que nous croyons beaucoup à la licence. »
Mais, dans l’immédiat, l’échec frappe encore dans les premières années des jeunes qui n’étaient pas forcément préparés à l’autonomie du monde universitaire. Les jeunes issus des baccalauréats technologiques sont en effet concurrencés par des élèves issus de filières générales dans l’accès aux IUT et aux STS. Mieux notés, disposant de meilleurs dossiers, ils repoussent les titulaires des bacs technologiques vers les filières générales de l’université où l’écart entre leurs compétences et les attentes les conduisent trop souvent à l’échec. « C’est pour cela que nous avons mis en place en Lorraine “SOS étudiants en détresse”, explique Damien Cerqueus. C’est un moyen pour lutter contre la déperdition entre la première et la deuxième année. »
« Dans le premier cycle, il faut totalement changer la pédagogie, insiste Jean-Baptiste Prévost. Notamment en proposant une pédagogie et un suivi plus individualisés. Cela permettrait de rattraper effectivement les inégalités. Cela demande de mettre des moyens accrus, mais le gouvernement s’est engagé à mettre 1 milliard d’euros par an sur l’université… » Mais comme le souligne Marie Duru-Bellat (voir interview), le défi est peut-être davantage de « corriger les inégalités de départ ».
Les intervenants
Damien Cerqueus : Porte-parole de la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc)
Michel Lussault : Président de l’université de Tours et vice-président de la Conférence des présidents d’université
Jean-Baptiste Prévost : Président de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) Stéphane Fernandez |