En matière d’inégalités sociales face à l’école, les statistiques du ministère de l’Éducation nationale sont sans appel. Elles se construisent dès l’école maternelle et ne font que s’accentuer au collège, où 84 % des élèves en difficulté sont des enfants d’ouvriers, d’employés ou de personnes sans activité, alors que les enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants sont à peine 2 % dans cette situation.
L’origine sociale est donc un facteur déterminant dans le parcours scolaire qu’auront les enfants. Comment agir dès lors sur ces inégalités initiales pour que les enfants des catégories les plus défavorisées aient autant de chances que les autres d’arriver au bac, ou même d’avoir accès à l’enseignement supérieur ?
Pour François Soulage, la réponse ne fait aucun doute : « Il faut traiter de manière inégalitaire des situations inégalitaires. Si on n’admet pas qu’il y a des inégalités à l’origine, l’accès de tous à un droit identique ne fait que reproduire ces inégalités. On ne démarre pas tous dans la vie avec le même bagage. Par exemple, si l’on met uniquement des moyens supplémentaires sur l’école, on oublie que, dans les quartiers, les retards scolaires tiennent aussi à l’environnement, à l’isolement des quartiers, au manque de mixité sociale. » « Le patrimoine culturel est déterminant dès le départ, insiste-t-il. Et la reproduction sociale est très importante. » D’où l’importance prépondérante de traiter les inégalités très tôt et dans leur globalité sans “saucissonner les problèmes”, notamment en accompagnant l’ensemble des personnes : « les parents quand ils sont en difficulté avec leurs enfants, les professeurs quand ils ont des problèmes avec les élèves… ».
Un autre levier d’actions, plus spécifique, consisterait à offrir à ceux qui en ont le plus besoin les conditions leur permettant de faire des études dans de bonnes conditions. « Il y a à peine 150 000 logements pour plus de 2 millions d’étudiants, dénonce Damien Cerqueus. Le système des aides est aussi très inégalitaire. Résultat, de très nombreux jeunes travaillent en complément pour financer leurs études, mais il est difficile de concilier les deux, et un tiers des étudiants qui travaillent disent que cela les pénalise dans leurs résultats. Et qui sont ceux qui sont obligés de travailler ? Les jeunes d’origine populaire. »
Enfin, parce que ce n’est pas le diplôme qui fait automatiquement l’emploi, surtout quand on vient de quartiers stigmatisés. Eros Sana insiste sur la nécessité de lutter efficacement contre les discriminations à l’embauche car sinon, on n’arrivera pas à relancer la mobilité sociale. Une étude de l’OIT montre que sur cinq candidatures, une personne issue de l’immigration ou noire a trois fois plus de chances de voir son CV refusé. Pour cela, il faut inverser la charge de la preuve, faire en sorte qu’en matière judiciaire, les prescriptions soient étendues et enfin développer la pratique du CV anonyme.
Les intervenants
François Soulage : Président national du Secours Catholique
Damien Cerqueus : Porte-parole de la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc)
Eros Sana : Membre de Veto, association citoyenne de Garges-Sarcelles et porte-parole de la Zone d’écologie populaire
Stéphane Fernandez |