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Premiers pas
mise en ligne : 25-08-2008

Selon l’Observatoire national de l’enfance en danger (Oned), environ 147 000 enfants étaient placés en protection de l’enfance au 1er janvier 2006

« L’éducateur nous accompagne vers l’autonomie, nous oriente et nous aide à finaliser notre projet personnel », déclare Amandine, pensionnaire au foyer de jeunes filles de la rue Monsieur-le-Prince à Paris. Privées de parents ou dans une structure familiale trop fragile, les filles du foyer prennent, d’un pas hésitant, le chemin qui mène à l’âge adulte sous le regard de travailleurs sociaux.

D’une voix inquiète Mme Ramecourt demande à la femme qui lui fait face « Vous avez l’air soucieuse. » Elle la regarde amicalement. « Je pensais à la façon dont la situation s’est dégradée pour Jessica ces derniers temps », répond son interlocutrice. Autour de la grande table en bois foncé du foyer de jeunes filles de la rue Monsieur-le Prince à Paris, les participants à la réunion hebdomadaire du personnel, en majorité des éducateurs, s’interrogent quant à la meilleure manière de venir en aide à l’adolescente. Situé en plein cœur du quartier Latin, ce foyer social, dont Mme Ramecourt est la directrice, accueille des jeunes filles de 16 à 21 ans sans papiers, réfugiées de guerre, exposées à la prostitution et aux abus sexuels ou encore en situation familiale et sociale critique. Géré par le comité parisien de l’Association catholique de services pour la jeunesse féminine (ACSJF), le centre propose un travail d’insertion et un accès à l’autonomie. Jusqu’à l’âge de 18 ans, les filles sont intégrées à l’“unité de vie” dans laquelle elles doivent se plier aux règles de vie en communauté. À leur majorité, elles peuvent devenir “jeunes travailleuses”, ce qui leur permet d’avoir une plus grande autonomie. Huit éducateurs accompagnent les jeunes filles, pour la plupart prises en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), sur le plan social, scolaire et médical.

Passé douloureux

Si la situation de Jessica préoccupe toute l’équipe du foyer, c’est parce qu’elle a atteint une situation de non-retour. Enfant, sa mère faisait barrière entre son père et elle. Aujourd’hui, sa mère étant décédée, son père refuse de rencontrer Jessica et s’obstine à l’ignorer.
Seule, Jessica a un comportement difficile. Elle se fait vomir, a un comportement injurieux, est en situation d’échec scolaire et ne demande plus qu’une chose : vivre avec son père. « Elle a une histoire lourde et des problèmes psychologiques. Son attitude inquiète tout le monde. Je pense donc qu’une expertise psychologique de l’ASE nous permettra d’avoir plusieurs avis et nous aidera à prendre la bonne décision », estime Mme Ramecourt.

Les éducateurs présentent les autres cas pour lesquels ils aimeraient des conseils car, comme Jessica, beaucoup de jeunes filles du foyer ont derrière elles un passé et un présent douloureux.

Autonomie

Assise sur un des lits de la chambre qu’elle partage avec deux autres pensionnaires, Amandine regarde tranquillement sa petite télévision en attendant d’aller dîner. « Je suis arrivée ici il y a sept mois, en rejoignant les “jeunes travailleuses”. Après la mort de mon père et le remariage de ma mère, je suis venue m’installer en France dans un internat à Soissons, puis chez ma tante », relate-t-elle.

À 18 ans, la jeune fille sait déjà quel métier elle voudrait exercer. L’électricité, les installations électriques, l’équipement de puissance n’auront plus de secrets pour elle lorsqu’elle préparera un BTS en électrotechnique l’année prochaine. Ce projet professionnel, elle l’avait déjà bâti avant d’arriver au foyer de jeunes filles et elle l’a perfectionné avec l’aide de Katia, son accompagnatrice. « Chaque mois, je la rencontre pour faire un bilan et voir les points qu’il faut améliorer », précise Amandine en descendant à la cuisine.

D’autres filles s’affairent déjà devant les fourneaux dans la cuisine moderne et spacieuse. Amandine ouvre son casier personnel à l’aide d’une clé. Elle y entrepose les denrées qu’elle a achetées pour le mois. Plus loin, avec la même clé, elle va chercher des surgelés dans un casier réfrigéré. « Quand on a plus de 18 ans, on n’est plus obligée de prendre ses repas au réfectoire. Grâce au budget que nous recevons chaque mois, nous faisons nous-mêmes nos courses et notre cuisine », explique-t-elle en se dirigeant vers une table pour rejoindre des camarades. « Ici, je suis beaucoup plus autonome, ajoute-t-elle. J’ai mon propre argent que je gère seule.»

Chaque mois, les jeunes filles reçoivent un budget d’environ 9,20 euros par jour, de quoi s’acheter de la nourriture, des vêtements et sortir avec des amis. « En général, elles gèrent bien leur budget, mais certaines d’entre elles ont beaucoup de mal. Nous travaillons donc avec elles sur cette question. Par exemple, certaines jeunes filles ont des soucis de santé provoqués par une mauvaise alimentation, qui coûte généralement trop cher. Nous leur apprenons donc à acheter de la nourriture saine à un coût raisonnable », explique Katia. Un pas vers l’indépendance, l’équilibre… une vie simple.

Clémence Richard
© Xavier SCHWEBEL


 
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