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Marie-Rose : l’adversité sous contrôle
mise en ligne : 13-11-2008

Marie-Rose ne veut pas subir son dénuement. Mère isolée d’un adolescent, elle fait tout pour combattre l’adversité.

Marie-Rose a déjà préparé sa prochaine brocante. Avec l’aide de son fils de 17 ans, elle a entassé des cartons remplis d’objets anciens dans sa vieille Renault 5 pour partir très tôt le jour J. La brocante est son activité de “débrouille”. « Elle sert au bien-être, et les prestations sociales sont réservées aux factures », annonce fièrement cette mère isolée. Chaque vide-grenier lui rapporte entre 20 et 40 euros. Un gain appréciable quand on vit à deux avec 828 euros par mois de prestations sociales. Une fois par an, Marie-Rose compte aussi sur la vente du muguet de son tout petit jardin. Elle confectionne des bouquets avec les clochettes blanches et les roses que lui donnent ses voisins. Ces compositions lui rapportent chaque printemps 150 à 200 euros. Marie-Rose remet à son fils une part des petits surplus ainsi réalisés pour son d’argent de poche.

La petite famille fait partie du “noyau dur” de la pauvreté tel que défini par les statistiques d’accueil 2008 du Secours Catholique. Ce noyau dur compte 380 000 des 630 000 familles ou personnes rencontrées en 2007 par l’association. Les familles monoparentales en représentent une grande partie.
Marie-Rose est arrivée du Vietnam en 1962 « les tongs aux pieds », avec des parents « obligés de tout recommencer à zéro. » Marie-Rose (surnommée Tiny) n’avait alors que 12 ans, mais elle était l’aînée, la battante, ayant « la responsabilité de ses cinq frères et sœurs sur les épaules. ». C’est la raison pour laquelle elle a eu son fils tardivement, explique-t-elle.

Sur-responsabilisation. Cette situation se retrouve, quarante-six ans plus tard, dans les statistiques du Secours Catholique. Les 649 entretiens portant spécifiquement sur la condition des enfants ont fait ressortir des responsabilités plus importantes chez ceux appartenant à des familles en difficulté.
Garder les plus petits est, par exemple, l’apanage des enfants et des adolescents de faible niveau de vie rencontrés par l’association.
Pour Tiny, la sur-responsabilisation est allée au-delà. Elle est entrée en apprentissage au lieu de s’inscrire à l’école des Beaux-Arts, pour aider financièrement ses parents. Et plus tard, devenue mère elle-même, elle n’a eu personne pour garder son fils. Elle a dû arrêter son travail de nuit chez un traiteur. Cela ne l’a pas empêchée de s’occuper pendant dix ans de sa voisine très âgée.
« Thomas aime les appartements Ikea. Alors le bric-à-brac, l’intérieur pas top de notre maison, les vêtements de friperie, ça reste un peu difficile pour lui », observe sa mère avec réalisme. « Mais je sais aussi qu’il a la volonté de ne pas vivre plus tard ce que vit sa mère. Il veut être journaliste et voyager. Il travaille bien au lycée. Il travaillait déjà bien avant, malgré l’état de la maison », se rassure-t-elle. Cette observation recoupe aussi celles des statistiques du Secours Catholique, qui démentent l’échec scolaire généralement associé aux enfants matériellement défavorisés. Est également contredite par les statistiques annuelles du Secours Catholique l’idée selon laquelle ces enfants seraient automatiquement en échec scolaire, en mauvaise santé, victimes de mauvais traitements ou de négligences de leurs parents. « Il n’y a pas d’automatisme de ces effets, qui ne sont d’ailleurs pas propres aux situations de pauvreté », souligne le rapport statistique.

Remise en état. Marie-Rose est propriétaire d’une petite maison biscornue, au fond d’une impasse fleurie à Villejuif (Val-de-Marne). Le bâtiment remonte à 1910. L’année dernière, le toit fuyait, le chauffage était hors d’usage, il n’y avait pas le tout-à-l’égout, l’humidité remontait du sol… Tout cela a été remis en état grâce à une opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah) mise en œuvre par la ville de Villejuif. Les donateurs du journal Messages ont participé aux travaux à hauteur de 2 936 euros (Coup de pouce n° 6 246 de mai 2008). Reste qu’à l’intérieur, la maison garde sa décoration et ses fenêtres d’époque.
Les gros travaux ont pourtant eu des effets positifs. La résorption de cet habitat indigne a retenti sur le moral de la famille, se réjouit Maria Duque, assistante sociale du département. Un progrès essentiel, car avant, « l’état de la maison se reflétait dans l’état de la personne » diagnostique l’assistante sociale. « Son fils Thomas aussi se sent mieux », observe-t-elle. « Il reste beaucoup à faire », soupire cependant Marie-Rose. Mais elle doit privilégier le remboursement de l’emprunt fait auprès de ses frères et sœurs, qu’elle acquitte grâce à son allocation logement. Son fils est son autre priorité. Elle a réussi à lui acheter un ordinateur et à souscrire un abonnement à Internet. L’adolescent prend aussi des responsabilités et soutient sa mère. Elle l’a chargé de vendre sur des sites d’enchères en ligne ses objets les plus précieux. Thomas connaît tout de cette procédure particulière et il est intarissable sur le sujet. Sa mère se culpabilise pourtant encore de ne pas pouvoir, par exemple, lui offrir le séjour en Grande-Bretagne dont il aurait besoin. Mais Marie-Rose reprend courage en s’appliquant l’adage appris de ses parents : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité. » Autrement dit : il est toujours possible de progresser, même si c’est à tout petits pas.

F.T.



 
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