Au-delà de la question des otages, l'Église colombienne tente, dans la discrétion, de faire avancer les négociations tant sur la crise des otages que sur le réglement complet du conflit colombien. La libération de deux otages par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) début janvier 2008, orchestrée par le président vénézuélien Hugo Chavez, a fait renaître l’espoir d’un règlement plus large de cet aspect du conflit colombien. Outre Ingrid Betancourt, entre 700 et 800 personnes seraient encore dans les geôles de la guérilla colombienne, dans des conditions de détention et de vie inhumaines. Parmi elles, des otages “économiques” que les Farc échangent contre de l’argent, des otages militaires qu’elles considèrent comme des prisonniers de guerre et un groupe de 44 otages “politiques” qui constituent, en quelque sorte, leur trésor de guerre. L’assurance en tout cas que la communauté internationale continuera de se préoccuper de la Colombie et de mettre la pression sur le président colombien Alvaro Uribe, déjà fragilisé par le scandale de la para-politique et par les dernières élections (voir Messages de décembre 2007). L’Église colombienne poursuit son travail de recherche des solutions plus larges au conflit. Mgr Jaime Prieto, évêque de Barrancabermeja, note que « cette libération est un geste unilatéral qui change complètement la donne. Les réactions des Farc restent toujours aussi imprévisibles, mais désormais la balle est dans le camp du gouvernement qui peut faire différents gestes. Soit libérer les personnes ayant apporté des preuves de vie des otages et notamment d’Ingrid Betancourt, soit donner des signes de dialogue et là, l’Église colombienne a tout son rôle à jouer. » Déjà sollicitée à la fin de l’année 2007 par le gouvernement colombien afin de négocier avec les Farc, l’instauration d’une zone de rencontre, l’Église continue son patient travail pour la recherche d’une paix juste et négociée en Colombie.
Stéphane Fernandez |