Les grandes écoles ont eu beau mettre en œuvre depuis quelques années des partenariats avec des lycées dans des quartiers sensibles, ou même organiser une sorte de discrimination positive, l’université s’être largement ouverte aux enfants des classes populaires depuis trente ans, il n’en reste pas moins que “la sélection par l’échec” que dénonce Jean-Baptiste Prévost, de l’Unef, touche systématiquement les élèves issus des milieux les plus défavorisés. C’est pourquoi Eros Sana, membre de Veto, propose que « les 10% des meilleurs bacheliers de France aient automatiquement accès aux classes préparatoires des grandes écoles. Cela permettrait de rompre avec les discriminations ethnoculturelles mais aussi territoriales ».
Jean-Baptiste Prévost souhaiterait même que ces « classes préparatoires soient intégrées dans les universités », car les grandes écoles sont devenues une manière pour les élites de préserver des espaces réservés. Une réalité que le Sénat, dans une mission sur la diversité sociale et l’égalité des chances, a même comparée à une forme de “délit d’initié”, tout en proposant un éventail de mesures à prendre pour rétablir une certaine équité dans l’accès aux classes préparatoires des grandes écoles.
Mais pour Jean-Baptiste Prévost, « le libre accès à l’université constitue une réponse aux inégalités, car l’accès au diplôme permet de s’élever socialement ». Un constat que partage Michel Lussault, de la CPU : « L’université joue son rôle. 30% des étudiants sont boursiers. 50% sont issus de catégories populaires. Elle pourrait sans doute le faire mieux. Mais il faudrait aussi qu’on reconnaisse la qualité des jeunes que nous formons. » C’est en tout cas vrai dans les premiers cycles, et de moins en moins à mesure que le niveau de diplôme est plus élevé : « On se rend compte que les enfants d’ouvriers sont sous-représentés en master et quasiment absents en doctorat », souligne ainsi Jean-Baptiste Prévost. « L’université souffre des conséquences de cette sélection par l’échec, insiste-t-il. Un des objectifs européens affirmés dans le cadre de la stratégie de Lisbonne en 2001 était d’avoir 50% de diplômés au niveau de la licence. On n’en a que 37% ! Il est donc nécessaire d’augmenter le nombre d’étudiants et surtout de mieux les accompagner. »
Les intervenants
Jean-Baptiste Prévost : Président de l’Union nationale des étudiants de France (Unef)
Eros Sana : Membre de Veto, association citoyenne de Garges-Sarcelles et porte-parole de la Zone d’écologie populaire
Michel Lussault : Président de l’université de Tours et vice-président de la Conférence des présidents d’université Stéphane Fernandez |