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Rebâtir les maisons, reconstruire les esprits
mise en ligne : 18-04-2007

Comme bon nombre de villages de la province d’Aceh, Nagan Rayan a été détruit par le Tsunami du 26 décembre 2004. Caritas France finance en partie la reconstruction de cette commune. L’ONG JRS (Jesuit Refugee Service) en assure la gestion. Mais au-delà des maisons, c’est aussi la psychologie des habitants qu’il faut rebâtir.

Le muezzin vient de finir sa seconde prière de la journée. Le soleil de huit heures, encore endormi, n’irradie pas encore les habitants de Meulaboh. Nous embarquons dans le 4X4 de JRS pour Nagan Rayan, un village d’un millier d’habitants, à l’ouest de la ville. Ici, le Tsunami a emporté 46 personnes dans sa fulgurance. Mais la vague a causé bien d’autres traumatismes. Dans ce petit village calé entre la mer et la jungle, les enseignants ne veulent plus transmettre leurs connaissances. Les entrepreneurs qui par le passé investissaient dans la province, ont regagné les grandes villes. C’est dans ce contexte que JRS oeuvre depuis deux ans dans cette bourgade a l’âme grise. Leur première mission, reconstruire les 110 maisons fauchées comme des brindilles par le raz-de-marée. À ce jour, 68 maisons ont été reconstruites grâce au financement -entre autres- du Secours Catholique/Caritas France. La quarantaine de maisons restantes -ainsi que les finitions- devraient être achevées d’ici fin 2007.

Le Tsunami dans toutes les têtes

Au fur et à mesure de la reconstruction, les villageois semblent retrouver goût à la vie : « Nous serons à jamais reconnaissants pour tout ce que JRS a fait pour nous, explique Dachlan Jalil, le chef du village. Dès que les maisons seront reconstruites, nous comptons reprendre les choses en main et retrouver notre vie d’avant. » Le village de Nagan Rayan, peuplé essentiellement de pêcheurs et de paysans, devra retrouver son sens de l’initiative en développant notamment les petites entreprises de pêche qui faisaient sa fortune avant la vague. À condition qu’ils aient totalement exorcisé les phobies que la mer leur inspire. “ Au-delà de la reconstruction matérielle du village, nous exerçons un travail psychologique important avec les populations, confesse Daryadi Achmadi, le responsable du projet de JRS. Nous prenons tout le temps nécessaire pour les écouter. Les Indonésiens sont fiers, même s’ils le cachent au maximum, les plaies ne sont pas encore cicatrisées.” D’après les prescriptions du BRR (Bureau of rehabilitation and reconstruction), la reconstruction est censée se terminer d’ici fin 2007. Dans les faits, ce délai devrait être respecté à Nagan Rayan. À compter de ce moment, la population du village sera seule face à la mer. Celle qui les nourrit, mais aussi celle qui les a détruits.

Mehdi Boudjenane avec Aurélien Perol


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