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Les Don Quichotte s’installent, la police charge
mise en ligne : 15-12-2007

Samedi 14h15. C’est fini. Il ne reste plus rien des 300 tentes installées par les Enfants de Don Quichotte, appuyés dans leur initiative par des citoyens de tous âges et toutes conditions. Après s’être parées du rouge des tentes, les berges du quai Montebello ont été le théâtre d’une réplique musclée de la part des CRS...

Opération éclair. Pendant qu’un premier rassemblement avait lieu à 9h00 sur le pont d’Austerlitz où les attendaient une quinzaine de cars de police, les Don Quichotte ont réussi à installer, en quelques minutes 300 tentes sur les berges du quai Montbello. Une réactivité vite contrecarrée par les forces de police, particulièrement prompte à empêcher toute action durable. Des réactions peu surprenantes au regard des propos tenus, la veille par la ministre du logement madame Boutin . « Je ne tolèrerai pas de campement de tentes cette année…et il n’y a pas de problème d’hébergement d’urgence mais seulement de logement ».

A 11h30 Augustin Legrand devant les caméras de télévision venues en masse pour assister à la naissance d’un deuxième campement de sans abri, un an à peine après celui du canal St Martin s’adressait aux parisiens, sollicitant des élans de solidarité à l’attention des laissés pour compte :
« Je lance un appel à la raison, à la solidarité envers des gens qui sont comme vous et moi. Nous avons ici à nos côtés des femmes battues à la rue, des travailleurs pauvres, des personnes handicapées. Ce ne sont pas des terroristes mais des citoyens. Ce que je veux c’est vous alerter pour que vous nous aidiez à réclamer une politique active, à faire en sorte que les engagements pris par l’Etat, l’an passé soient respectés. »
A 11h30, sous les sifflets et quolibets des parisiens, les forces de l’ordre dispersaient, avec force, les citoyens solidaires de l’opération.
« C’est inadmissible hurle à l’attention des CRS, un commerçant. Comment peut on d’un côté accueillir en grande pompe Khadafi et malmener des gens qui n’ont que le tort de ne rien posséder. C’est vraiment un scandale, j’ai honte pour la France. Cela ne peut pas durer ».
De son côté Luis hoche la tête, cigarette aux lèvres. Luis a 45 ans, il en parait 60. Homme des rues, il est habitué à ce genre de scène.
« Nous ne sommes rien. C’est pour cela que l’on nous jette si facilement. Augustin, il essaie bien sûr, mais cela intéresse qui vraiment, hein, que nous soyons là dans le froid. Pour eux on est que des paumés. »

Il va faire -2° cette nuit.
Il est 11h 40. Les tentes sont rangées dans les camions de police.
Là sur le pont, Augustin Legrand s’adresse à la presse tente au travers d’elle de sensibiliser le grand public :
« Madame Boutin nous a fait des promesses la larme à l’œil l’an dernier. Elle est venue en pleurant canal St Martin… or la réalité aujourd’hui, c’est que sur les 27 100 places promises, il n’y en aura que 13 000 de disponibles à la fin de l’année Est ce que c’est normal, sous prétexte que ces gens n’ont pas de voix, qu’ils ne soient pas représentés, qu’ils soient dans cette situation. Il va faire -2 cette nuit vous savez, alors oui, on pose des tentes. Nous ne sommes pas des activistes mais juste des citoyens qui considérons que cette réalité est inacceptable. »
De fait le cofondateur de l’association des Enfants de don Quichotte n’est pas un joyeux hurluberlu. Et cela gêne.
Tout au long de l’année, à l’instar de nombreux dirigeants associatifs, il a porté les préoccupations et constats relevés par les associations, rencontré ministres et députés pour poser un diagnostic mais aussi, le fait est rare, apporter un certain nombre de mesures élaborées par de nombreuses associations et capables de résoudre les problèmes des sans abri et ceux des quelque 3,2 millions de mal logés en France..

Porte parole des sans voix, Augustin Legrand a essayé ce samedi 15 décembre de dire la vérité sur les effets d’annonce multipliés par la ministre du logement.
Au moment ou Madame Boutin s’emploie à évoquer tableau de bord, nouvelles mesures et absence de problème d’hébergement d’urgence, il est assez surprenant de constater que seuls 60 000 logements seront disponibles face aux 600 à 700 000 demandes générées par la loi Dalo et que la loi de finance n’a visiblement pas intégré les budgets nécessaires à l’application des premières mesures.
Pour Pierre Levené, secrétaire général du Secours Catholique « il est atterrant d’entendre madame Boutin dire qu’il n’y a pas de problème d’hébergement. Nous gérons des centres et ils sont remplis à plus de 100%. Il n’y a pas de place disponible. »

Véronique Linarès

crédit : Xavier Schwebel / SC
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