Samedi 15 décembre 2007, des centaines de personnes se sont réunies au pied de la Cathédrale Notre Dame, sur l’initiative de l’association Les enfants de Don Quichotte, pour y installer un nouveau campement. Des centaines de tentes rouges ont tapissé les pavés des quais pendant quelques heures avant d’être emportées par une vague de CRS. Samedi 15 décembre, 0°C 9h30 : Au 11 bis boulevard de l’hôpital (Vème arrondissement de Paris), dans le centre d’accueil de la délégation du Secours Catholique, les bénévoles arrivent petit à petit. Autour d’un café, équipés de gros pulls et parfois de sacs à dos, ils se préparent à soutenir l’opération de campement prévue par les Enfants de Don Quichotte sur les quais de Notre Dame. Sylvie, bénévole dans un café de rue à Chatelet, compte bien aller jusqu’au bout de l’action. « J’ai pris huit jours de congés pour pouvoir participer à cette opération. Je dormirais sous la tente et un camion me sera alloué pour ravitailler les personnes sans abri », raconte-elle. Pour cette femme et une amie de 78 ans, également bénévole, il ne faut pas se voiler la face sur la misère en France. Le plantage de tentes doit réveiller les consciences. Arnaud, 26 ans, a également répondu à l’appel. Il n’est pas bénévole au Secours Catholique mais a jugé important de se joindre à cette action. « Plus nous serons nombreux, plus il sera difficile de nous déloger et plus les choses changeront. »
10h30 : Un convoi de bénévoles s’ébranle. Le signal est lancé. Sur le pont d’Austerlitz, une cinquantaine de manifestants et de journalistes attend le coup d’envoi de l’opération. Les forces de l’ordre aussi. Plus d’une quinzaine de camions de CRS occupent les lieux depuis 9h du matin. Jean-Baptiste Legrand, président des Enfants de Don Quichotte, tente de les persuader du bien-fondé de leur action et de négocier le bon déroulement du plantage de tentes. 11h : 250 tentes sont plantés sur le quai de Montebello. Le groupe se lance en direction de la cathédrale Notre-Dame devancé par les camions des forces de l’ordre. En arrivant sur le quai, les CRS ont déjà arrachés quelques tentes aux mains des manifestants et les entassent le long des murs, ne laissant plus qu’un amas de toiles déchirées. Ils bloquent le passage aux bénévoles. 11h15 : Les 300 tentes prévues par les enfants de Don Quichotte sont installées tant bien que mal. Assis sur le bord du quai, William, 28 ans, et son chien Boobs, observent la scène des gens qui courent en tout sens pour maintenir en place leur tente. Devant la sienne qui lui servira de toit le temps de l’opération, le jeune homme explique qu’ « [il] était assistant téléphonique. Aujourd’hui, [il] ne trouve plus de travail car les postes de ce type ont été exportés dans des pays comme le Maroc. Cela l’a mené à la rue. » Depuis quatre mois, William dort sous une tente en attendant d’obtenir une place dans un foyer. Il connaît les centres d’hébergement et particulièrement ceux du 115 et ne veut plus s’y rendre. Il se souvient d’une anecdote qu’on lui a raconté un jour où il arrivait dans un de ces centres : un homme venait de se faire voler son dentier. « Aujourd’hui, le plus important est de s’adapter aux besoins des sans abri. Il ne suffit pas de nous donner un travail et un logement. Il nous faut un vrai suivi personnalisé » ajoute-t-il. William se souvient de l’opération de l’année dernière. Sur les 280 personnes qui avaient pris part au campement du canal Saint-Martin, il semblerait que nombre d’entre eux soient encore dans la rue. Des voix éclatent. Les forces de l’ordre arrivent. William se lève près à partir au combat et à défendre sa tente. 11h45 : Sous le pont Saint Michel, où sont plantées les dernières tentes, les manifestants et les bénévoles du Secours Catholique entourent les ficelles des tentes autour de leurs bras pour les maintenir en place. À moins d’un mètre un mur de CRS barre le passage. Plus loin, une femme crie : « Il nous faut des hommes au front ! Les femmes, vous restez protéger les tentes ». Commence alors une attente interminable entrecoupée par les hurlements de rébellion des planteurs de tentes qui subissent l’assaut des CRS. 12h : Les forces de l’ordre gagne du terrain et atteignent le dernier bastion de tentes. Un cordon de CRS avance sur les manifestants. Sur leur passage, ils arrachent les tentes, saisissent les récalcitrants et les poussent à se retrancher. Pris en sandwich, ces derniers essaient tant bien que mal de garder avec eux leurs tentes. Ils sont pris au piège. 12h30 : Le dernier bastion de résistants est pris. Les CRS rangent dans leurs camions les 300 tentes qu’ils ont réussi à saisir. Les quelques survivants de la bataille se rassemblent autour d’Augustin Legrand, n’attendant de lui qu’une parole pour repartir au combat. Clémence Richard |