Les rescapés du 26 décembre 2004 ne le doivent pas seulement au hasard. Les reconstructeurs ont tenu compte des effets protecteurs de la nature et de la tradition. Et se sont inclinés devant les signes de la Providence. À Lampuk, 12 kilomètres au sud de Banda Aceh, en Indonésie, seule la mosquée a résisté au tsunami du 26 décembre 2004. Unique bâtiment resté debout au milieu d’un champ de ruines, elle a sauvé des centaines de vies. Raphaël Chenuil, de l’unité post-tsunami du Secours Catholique, a noté sur place des qualités de résistance : Construction récente, pourvue de fondations et de matériaux lourds. À Kuala Tadu, sur la côte nord-est de Sumatra, la mosquée n’avait que de simples murets : l’océan s’y est engouffré… Mais tout près de là, un simple palmier a retenu une vingtaine de personnes ! Souplesse et enracinement : des propriétés partagées par les vieilles maisons acehnaises, en bois sur pilotis. Elles ont mieux résisté que les autres au double choc du 26 décembre, remarque Raphaël Chenuil. Les normes retenues par les architectes des Caritas ne négligent pas ces qualités naturelles. À Singkil, Caritas Suisse conduit un chantier de 560 maisons en bois, matériau “élastique” capable d’absorber des déformations. Caritas France participe à ce projet, à hauteur de 750 000 euros. À Sigli, une ONG partenaire du Secours Catholique, Atlas Logistique, a terminé la construction de 220 maisons, en béton armé pour la solidité de la structure et en béton cellulaire, plus léger, pour les murs. Les charpentes sont métalliques et les toits recouverts de tuiles, pour éviter l’effet guillotine de la tôle projetée sur l’eau (la tuile est par ailleurs très appréciée pour ses qualités thermiques). Les maisons de 45 mètres carrés, aujourd’hui habitées, sont construites sur des pilotis en béton armé. Ces “pieds d’éléphants” vont chercher le sol stable sous les couches meubles qui aggravent les effets des séismes. Le Secours Catholique Caritas France a donné 100 000 euros pour ce projet. Au large de la côte nord-ouest de Sumatra, l’île de Simeulue a surtout souffert du second tremblement de terre, très destructeur, du 28 mars 2005. Caritas y reconstruit 65 des 169 écoles qui se sont écroulées (participation du Secours Catholique : 1 million d’euros). Le séisme est survenu de nuit. Mais la providence n’est pas toujours au rendez-vous des catastrophes. D’où les normes parasismiques strictes appliquées aux nouvelles écoles de Simeulue.
> Stocks d’urgence Au Sri Lanka, second pays le plus touché par la catastrophe du 26 décembre 2004, de nouveaux centres communautaires villageois pourront servir d’abris à la population. Ils sont conçus pour résister aux assauts des éléments. Des stocks alimentaires et de matériel d’urgence (tentes, couvertures…) y sont prévus : en cas de catastrophe naturelle… ou militaire. Dans un village de la région de Batticaloa, à l’est, l’un de ces nouveaux centres a vu fondre en août sa réserve de 150 tentes constituée en juin : les réfugiés de la nouvelle guerre civile en ont eu besoin de toute urgence. Les milliers de maisons jusqu’ici reconstruites au Sri Lanka avec la participation du Secours Catholique, sont prévues pour mieux résister à de futures catastrophes naturelles : fondations adaptées à la nature de chaque sol, renforcement de toute la structure de la maison et des cuisines, plus exposées parce qu’orientées vers la mer, selon la tradition. Grâce aux murs qui soutiennent les cheminées et à de solides étagères, ces cuisines ont mieux résisté au tsunami que le reste des maisons, a remarqué Sjoerd Nienhuys, de Trocaire (Caritas Irlande), concepteur des nouvelles maisons. Dans ses plans, il a repris et amélioré ces techniques, qu’il a également appliquées aux chambres orientées vers la mer. Au sud de l’Inde, 68 villages de l’État du Kerala ont quant à eux reçu des gilets de sauvetage, des porte-voix, du riz et des graines, en vue d’un autre cataclysme. Des plans d’urgence y ont été établis. Les habitants se sont notamment entraînés à prendre les bonnes voies d’évacuation. En Indonésie, trois villages particulièrement exposés de la zone de Meulaboh en ont d’ailleurs été dotés, à la demande de leurs habitants. En Inde, près de Chenaï (Madras), c’est tout un village, situé au ras de l’eau, Sattan Kuppan, qui doit être déplacé sur un rivage plus élevé. Toutes ces précautions sont d’autant plus nécessaires que le principe de l’éloignement des côtes a été largement ébréché. Il n’a pas résisté à la pression foncière (manque de terrains) ni à celle de l’activité économique (pêche principalement). « De 300 à 400 mètres, au départ, la “zone tampon” (buffer zone) du Sri Lanka s’est parfois réduite à 30 mètres », observe Aurélie Pasquier, de l’unité post-tsunami du Secours Catholique. En Inde, 48 petits commerçants sont morts dans leurs boutiques de souvenirs emportées par la vague monstrueuse, près du grand sanctuaire catholique Notre-Dame de Velanghani. Ces boutiques ont été reconstruites sur leur axe d’origine, entre basilique et océan. Elles ne sont pas totalement hors d’atteinte d’une future vague géante. Mais il fallait relancer au plus vite cette activité vitale. À l’instar de celui de Kuala Tadu, en Indonésie, des palmiers d’une exceptionnelle résistance ont sauvé beaucoup de vies. Même si tout le monde a encore en tête les terribles images d’enfants arrachés à ces arbres providentiels. Ces espèces font maintenant partie des programmes de réhabilitation. Des dizaines de milliers de palmiers et de palétuviers ont été replantés sur les côtes par Caritas. Ils reconstitueront les mangroves qui stabilisent les rivages très humides et pourront atténuer le choc d’un tsunami. L’église de Mulaïtivu, au nord-est du Sri Lanka, située sur le rivage, a été emportée par la puissance de la vague. Ce dimanche 26 décembre 2004, à l’heure de la messe, l’édifice religieux était vide ! La célébration avait été déplacée, la veille, vers un site plus reculé. Décision providentielle de Father James, le prêtre. Et le lendemain, celui-ci est arrivé en retard à la messe. Du coup, les paroissiens n’étaient pas rentrés chez eux quand la vague a déferlé ! Comment ne pas y voir une manifestation de la Providence ? L’église reconstruite sur place est devenue un lieu de commémoration. |