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Emmanuel M'Baïnodji, délégué Secadev de Guéréda - Tchad
mise en ligne : 25-11-2006

En ce mois de novembre, la délégation du SECADEV de Guéréda est très active avec l’arrivée de plus de 500 nouveaux réfugiés soudanais au camp de Kounoungou. Elle se prépare en même temps activement à prendre en janvier prochain la gestion du camp de Milé (15.000 réfugiés) situé à 22 km au nord-ouest de Guéréda. Mbaïnodji Emmanuel, délégué du Secadev pour la base de Guéréda, donne son appréciation sur l’ensemble de ces opérations.

Le camp de Kounoungou est en train d’accueillir de nouveaux réfugiés soudanais. Quelle est votre analyse de la situation ?

Le HCR nous a fait confiance en nous donnant la gestion du camp. Si de nouveaux réfugiés arrivent, il est de notre devoir de nous occuper d’eux. Mais cela ne va pas sans difficulté. En 2004, les autorités ont délimité le site pour 8 000 réfugiés. Aujourd’hui nous en sommes à plus de 12.000 et l’arrivée de ces nouveaux réfugiés fera grimper leur nombre à plus de 13.000. Cela va naturellement poser le problème d’espace. Le site actuellement accordé aux nouveaux réfugiés a fait l’objet d’une discussion houleuse entre les autorités et la population autochtone qui a le sentiment d’être expropriée de sa terre. Les autochtones n’ont pas totalement tort car ce sont leurs champs et pâturages, mais l’Etat tchadien a signé une convention accordant l’asile à ces réfugiés, il n’y pas d’alternative. Malgré le comité de gestion des conflits entre autochtones et réfugiés que nous avons mis en place, la cohabitation n’est toujours pas facile.

Comment faire pour harmoniser la gestion des anciens réfugiés et celle des nouveaux ?

Notre objectif est d’intégrer les nouveaux dans le système des AGR (Activités Génératrices de Revenus). Par manque de terres cultivables, cela sera difficile pour les familles qui souhaitent pratiquer l’agriculture. Nous avions négocié la terre pour 130 familles qui ont reçu des semences, des formations et autres apports. Ce qui est envisageable pour les nouveaux, sera de les orienter vers d’autres métiers comme la couture, la forge…

Le personnel pourra-t-il supporter la gestion du camp qui s’agrandit avec la logistique existante ?

C’est aussi un autre problème. Prenons par exemple le cas du secteur socio-communautaire : le ratio admis par le HCR est un animateur pour 1500 réfugiés. Le nombre de réfugiés augmente et nous n’avons toujours que 8 animateurs seulement ; il faut donc augmenter leur nombre. Ce qui est vrai pour le secteur socio-communautaire est vrai dans presque tous les secteurs. Qui dit renforcement des ressources humaines dit aussi renforcement de la logistique. Nous n’avons que 2 véhicules, non seulement insuffisants mais aussi fatigués parce qu’en circulation depuis 2004. Chaque matin le départ pour le terrain est un spectacle dans la cour du SECADEV : les agents se bousculent pour monter dans ces deux véhicules parce qu’ils ne peuvent prendre tout le monde...

S’agissant du camp de Milé que le SECADEV s’apprête à recevoir de CARE, les employés et les réfugiés sont–ils suffisamment sensibilisés sur les conditions de ce transfert ?

On avait mal démarré à cause du manque d’information et de sensibilisation. Ce qui fait que la population autochtone, et notamment les employés du CARE, ont dit que le Secadev ne paye pas bien et exige un travail excessif. En clair, ils craignent de perdre leurs avantages ou même leur emploi… et c’est vrai que nous ne sommes pas en mesure de reprendre tout le monde. Nous avions donné clairement notre position lors d’une réunion avec le HCR, CARE et les autorités parce que nous sommes une ONG locale et nous gérons ce que le HCR met à notre disposition. Si les démarches que le HCR et les partenaires sont en train d’entreprendre pour harmoniser la grille salariale aboutissent, notre position sera mieux comprise et il n’y aura pas de problème. Ce qu’il faut faire, c’est continuer, avec l’appui des autorités, à sensibiliser davantage la population de Guéréda et les réfugiés afin qu’ils comprennent l’enjeu. Nous allons travailler avec CARE pour étudier les potentialités de ses agents et arrêter notre choix.

Propos recueillis par Justin NGOMITA



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