Claudette Habesch est Présidente de Caritas Jérusalem. Que représente pour vous la date du 5 juin et quelle est la situation actuelle dans les Territoires palestiniens ?
Avec cette date, nous arrivons aux quarante ans d’occupation des Territoires palestiniens par l’Etat d’Israël, au mépris de toutes les résolutions internationales et donc en toute illégalité et impunité. Aujourd’hui, pour vous donner quelques chiffres, on compte plus de 520 check points mis en place par les autorités israéliennes, et plus de 10 000 prisonniers sont dans les prisons d’Israël. Le peuple palestinien souffre depuis des années et continue de souffrir. Il essaie seulement de survivre dans des conditions inacceptables. 74% des gens habitant à Jenin vivent en dessous du seuil de pauvreté. Je suis très pessimiste pour le futur, j’ai peur que la situation n’évolue pas et que nous arrivions un jour aux cinquante ans de cette occupation.
Que fait la Caritas Jérusalem pour aider la population palestinienne ?
Tout d’abord, la Caritas Jérusalem est un agent d’espoir, les gens savent que nous sommes là pour les accompagner, même si bien sûr nous ne pouvons pas faire de miracles. Ils savent qu’ils ne sont pas oubliés. Notre d’action d’urgence humanitaire a commencé en 1967 –d’ailleurs nous allons fêter le 12 juin les quarante ans de Caritas Jérusalem- et bien sûr elle continue. Nous sommes impliqués notamment au niveau de la santé, avec des campagnes de sensibilisation et d’éducation dans les écoles de la communauté, des dispensaires disposant du matériel et du personnel nécessaire et de personnel, des cliniques mobiles, et ceci à Gaza comme en Cisjordanie. Nous essayons aussi, quand cela est possible, de développer des actions de micro-finance. Ce service est très important pour nous car c’est une formation, un accompagnement, mais aussi un moyen pour sauvegarder la dignité de ce peuple.
Vos équipes peuvent elles circuler partout, même dans les zones les plus difficiles ?
On nous laisse passer généralement, mais avec beaucoup de complications. Nous devons demander les autorisations nécessaires, et souvent l’équipe attend plusieurs heures, notamment pour aller vers Jénine, même quand toutes les formalités sont en règle. Il arrive encore que nous ne puissions aller là où nous avions prévu. Mais nous sommes toujours très bien accueillis par la population, qu’elle que soit la zone. Nous assurons des services de base absolument essentiels, qui devraient normalement être le fait du gouvernement.
Quelles sont les chances selon vous d’accéder à une paix durable ? Et comment ?
J’y crois toujours, mais je ne vois pas la paix à court ou moyen terme. Cela ne se fera que si la communauté internationale assume ses responsabilités, car c’est grâce à elle si l’Etat d’Israël existe aujourd’hui. La communauté internationale a un devoir envers le peuple palestinien et son territoire, le devoir de faire que ces deux peuples puissent vivre en paix. Est-ce qu’il est normal qu’un peuple vive sous l’occupation d’un autre pendant quarante ans ? Pour moi, la solution pourra essentiellement venir d’Israël si ce pays reconnaît les concessions qui ont été faites par les Palestiniens. N’oublions pas que les Palestiniens ont accepté de construire leur Etat sur seulement 22% de la Palestine historique. Les Palestiniens ont accepté et doivent endurer toujours beaucoup de souffrances et d’humiliations : la construction du Mur qui a largement mordu sur les territoires palestiniens, la poursuite de la colonisation en particulier à Jérusalem Est, ou encore le chantier du nouveau tramway. Il est vraiment plus que temps que cela s’arrête et que les droits de chacun soient reconnus et appliqués. Par Anne Bonnefont, Chargée de Communication, Secours Catholique |