Le 10 janvier dernier, le chanteur non-voyant, Gilbert Montagné, a rendu à Xavier Bertrand, ministre du travail, et à Valérie Létard, secrétaire d’état à la solidarité, son rapport sur le handicap visuel. Le plan pour l’intégration des malvoyants à la vie de la Cité doit voir le jour début mars. L’artiste livre ses préconisations. Quelles sont les priorités de ce futur plan handicap visuel ? Tout d’abord, lorsqu’on parle de handicap et d’accessibilité, il faut considérer les quatre familles d’infirmités (moteur, visuel, auditif, mental. ndlr). Si on ne se penche pas sur chaque spécificité du handicap, nous n’aurons rien résolu. On ne peut pas lutter contre la déficience mais on peut lutter contre le surhandicap. Par exemple, lorsque je fais mes courses et que la caissière m’annonce un montant de 37 euros. Comment puis-je le vérifier ? Ceci est un surhandicap. En vocalisant la caisse, je pourrais le vaincre. Les points importants à aborder sont donc la généralisation de la vocalisation de tous les produits de la vie courante, un accompagnement à la petite enfance des parents, une franchise de droits d’auteurs pour une retranscription des oeuvres en braille, une facilitation de l’accès à l’emploi et une meilleure adaptation de l’habitat. Il y a déjà des problèmes de logement pour les personnes voyantes, imaginez donc ce que c’est pour les non-voyants !
Début décembre, vous avez organisé votre propre “grenelle”, réunissant des fabricants pour les sensibiliser à la vocalisation des produits. Comment cette proposition a-t-elle été accueillie? J’ai expliqué aux acteurs de la fabrication et de la distribution qu’il ne leur coûterait pas plus d’une centaine d’euros pour équiper leurs produits d’un système de vocalisation. J’ai voulu leur faire comprendre qu’un article ne doit pas sortir s’il n’est pas accessible à tous. Ainsi, nous ferons tomber le handicap. Ils ont été très réceptifs et nous continueront à travailler ensemble dans ce sens. Concernant l’informatique, je suis en relation avec un grand assembleur qui devrait intégrer aux ordinateurs un logiciel de synthèse vocale, sans surcoût…
Vous vous êtes rendu en Belgique, en Espagne, en Finlande et en Italie pour voir ce que nos voisins font en terme d’intégration des personnes handicapées, qu’avez-vous remarqué ? En Espagne, l’accompagnement à la petite enfance est mieux géré. Certains centres d’éducation spécialisée sont des centres ressources pour les parents d’enfants malvoyants. On y apprend l’éveil, le repérage dans l’espace et le toucher. Un psychologue spécialiste du handicap visuel les accompagne et les instruit. Je trouve déplorable qu’en France, il n’y ait pas un seul module sur le handicap dans le cursus psychologique. Quand aux auxiliaires de vie scolaire (AVS), ils n’ont que 60 heures de formation sur le handicap. Il faut que cela devienne un vrai métier avec une formation complète et une bonne rémunération. De plus, la loi sur l’accessibilité de février 2005 oblige les collectivités à s’adapter aux handicaps d’ici à 2015. Mais dans les écoles d’architecture françaises, les étudiants n’ont qu’un module facultatif de trois jours sur le handicap. L’intégration des déficients visuels passe donc également par l’accessibilité des universités et la formation des accompagnants.
Propos recueillis par Clémence Richard
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