En partenariat avec le Secours Catholique, Véronique Mougin, journaliste indépendante, publie un livre qui tord le cou aux idées reçues qui collent à la peau des personnes sans domicile. Son enquête lui a permis de voir à quel point l'exclusion perdurait en dépit des mesures d'urgence. Les personnes sans domicile ont-elles accès à une citoyenneté pleine et reconnue ? Il aura fallu attendre 1994 pour que le vagabondage sorte du code pénal et pour que les sans domicile aient enfin accès à la carte d'identité. Avant cela, comme ils n'avaient pas d'adresse, ils ne pouvaient pas avoir de carte d'identité. Depuis 1998, ils peuvent aussi s'inscrire sur les listes électorales et participer à la vie démocratique du pays. Leur reconnaissance est donc très récente. Dans le même temps, cela n'empêche pas les décrets municipaux ou des articles de loi visant à pénaliser la mendicité dite agressive. Ce double mouvement est à l'œuvre en permanence. D'un côté, on ne s'est jamais autant occupé d'eux avec la loi contre les exclusions qui prévoit l'accès aux droits des plus exclus et, d'un autre côté, la tentation est toujours forte de se débarrasser, de cacher cette population indésirable. En ce sens, il sera intéressant d'étudier en détails le bilan de la loi sur les exclusions qui sera fait en 2006 pour voir la réalité de l'accès au droit de cette population.
Comment sortir de la logique de l'urgence ? C'est tout un système qu'il faudrait remettre en cause. Quand un tiers des SDF travaillent, on peut se demander dans quel système économique on vit… Il est bien plus facile de trouver des fonds pour traiter l'urgence hivernale que de s'interroger sur les causes, sur la violence économique, etc. Cela voudrait dire : bloquer les loyers, créer des structures pour que les gens aient le temps de se poser, obliger les communes à respecter la loi sur le logement social. Il n'est pas besoin d'aller chercher bien loin les causes pour lesquelles on se retrouve à la rue. Entre 1988 et 2002, les loyers ont augmenté de 80% et, dans le même temps, les salaires des ménages modestes n'ont progressé que de 30%. La chaîne du logement est saturée. Sur le papier, le dispositif national d'hébergement et d'insertion est parfait. Mais il n'est pas opérant. Les HLM sont saturés, les durées d'hébergement dans les centres d'hébergement et de réinsertion sociale s'allongent et les personnes qui sont en centre d'hébergement d'urgence ne peuvent plus en sortir… Le système est totalement enkysté.
Durant votre enquête, quel est l'aspect qui vous a le plus marqué ? Une des idées reçues les plus répandues c'est que l'hiver, c'est plus dur. On embarque les gens de force pour qu'ils ne meurent pas de froid. On ouvre des lits dans l'urgence… Mais, c'est toute l'année qu'ils meurent dans l'indifférence générale. L'état de santé des personnes qui vivent dans la rue est totalement médiéval. Problèmes de peau, tuberculose, poux, puces… L'espérance de vie des personnes qui vivent réellement dans la rue ne dépasse pas 47 ans. C'est inadmissible. |