Nsii est un jeune Congolais de 15 ans. Un corps d’adolescent monté sur ressorts qui a désormais opté pour la voie de la réunification avec sa famille.
Dans quelles circonstances as-tu rejoint un groupe armé ?
J’étais en troisième année de primaire, je devais avoir 13 ans. Les Maï-maï étaient dans mes environs. A cette époque, les Maï-maï luttaient contre le RCD et, au niveau du village, on luttait tous contre le RCD allié aux Rwandais. J’avais su qu’on donnait 20 dollars aux enfants qui les rejoignaient. J’y suis allé de moi-même. Je les ai rejoint dans leurs positions ; tout le monde savait où ils se trouvaient. J’en avais parlé à mes parents qui avaient refusé ; ils ne trouvaient pas normal qu’un enfant aille au combat. Moi j’avais confiance parce qu’un de mes oncles était responsable du groupe armé. Alors j’ai quitté mon papa et ma maman. Je voulais devenir combattant. Mais après mon enrôlement on m’a placé comme garde de camp du commandant. Il y avait cinq autres enfants dans le groupe, certains plus jeunes que moi. On vivait en retrait dans la brousse, dans des huttes. Dans la matinée on faisait les exercices militaires d’entraînement et puis on allait chercher de quoi vivre.
A quel genre d’opérations as-tu participé ?
Après un an à rester au camp, on m’a demandé d’aller au combat. J’ai porté une arme, un L4. Pendant un mois je combattais le jour et, la nuit, je montais la garde au camp. C’était épuisant. En faits, les opérations auxquelles je participais c’était plutôt pour avoir un butin. On rapportait le bétail au camp, aussi des choses pour vendre et faire notre argent. Plusieurs fois on est allé dans mon propre village. J’ai même pris des choses chez mon père… J’étais gêné, mais c’était un ordre. En cas de désobéissance on pouvait être fouetté. Certains ont même été tués. Un garçon qui avait refusé de dire où était sa maison a été fouetté et on l’a laissé là, presque mort. Moi aussi j’avais été fouetté parce que je devais aller au village pour recruter d’autres jeunes mais je n’avais pas su les convaincre. Plusieurs fois j’ai vu des gens se faire tuer parce qu’ils résistaient pendant les pillages ou qu’ils refusaient de nous rejoindre. Aussi quand on allait faire des opérations on s’emparait des filles. Mais moi je n’ai pris que des filles de mon âge et on les laissait après au village.
Pourquoi as-tu rejoint le CTO (Centre de transition et d'orientation) ?
Après plusieurs mois j’étais vraiment épuisé et j’ai imaginé de quitter le camp. J’ai entendu parler du CTO, et j’y suis allé par moi-même. Cela fait maintenant 3 mois. Depuis que je suis au CTO, mes parents sont venus me voir, et d’autres du village. Ils m’ont rassuré, m’ont dit que je n’aurais pas de suite pour ce que j’ai commis. Maintenant j’attends le certificat de sortie, l’attestation de l’autorité militaire. C’est le papier qui veut dire qu’on a quitté les groupes armés, et qui me permettra de justifier pour ne plus être enrôlé. Maintenant tout ce que je désir c’est de rentrer à l’école pour étudier et devenir mécanicien.
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