A l’occasion du meeting des partenaires Caritas oeuvrant dans la région du Moyen-Orient qui s’est tenu les 22 et 23 août derniers à Paris, Claudette Habesch, Secrétaire générale de Caritas Jérusalem et Présidente de la
Caritas régionale Moyen-Orient et Afrique du Nord, témoigne de la situation vécue par la population de part et d’autre du Mur. Entretien.
Comment vit quotidiennement la population palestinienne ?
Depuis tant d’années, nous devons affronter les mêmes difficultés : incursions, assassinats arbitraires, démolition de maisons, emprisonnement, déportations, couvre-feu, check-points. Mais le mur est venu rajouter encore plus de tourments dans notre vie. Il ravage notre vie. Il sépare les gens de leurs terres agricoles, nos jeunes étudiants ne peuvent plus aller à l’université ou à l’école directement. Ils doivent passer par des portes contrôlées par de jeunes soldats israéliens. Quand moi-même, je suis arrêtée à ces barrages, je suis souvent frappée par les visages de ces très jeunes soldats. Ce sont des enfants, et en tant que mère, j’ai mal au cœur, je ne peux m’empêcher de me demander : et si c’était mon fils ? Alors si c’est ça la victoire, non merci, je n’en veux pas pour mes enfants !
Le mur a-t-il une influence sur le moral de la population palestinienne ?
L’effet du mur est très grave. Pour le peuple palestinien, le mur a défini unilatéralement les frontières d’Israël. Ce mur vole non seulement notre terre, mais sur le plan psychologique, il détruit nos jeunes. Ils sont emprisonnés que ce soit à Bethléem, à Naplouse ou à Gaza. Mais vous ne croyez pas qu’il a une influence tout aussi néfaste sur la population israélienne ? Veulent-ils continuer de vivre dans des ghettos ?
Alors comment envisagez-vous l’avenir ?
Quel est le problème au Moyen-Orient ? Le peuple palestinien a été déplacé, expulsé et dépossédé en 1948. Je suis moi-même déplacée dans ma propre ville de Jérusalem. Les Palestiniens se sont réfugiés en Syrie, en Jordanie, au Liban, dans une moindre mesure en Egypte et un peu partout dans le monde. Résoudre le problème palestinien apportera plus de stabilité et de sécurité dans toute la région. Pourquoi Israël a-t-il détruit le Liban ? Parce que deux soldats israéliens ont été kidnappés ? Mais n’oublions pas que quatre ministres de l’Autorité palestinienne, 28 membres du parlement, le Vice-premier ministre ont été arrêtés par Israël depuis que nous avons élu démocratiquement le Hamas… Pour nous, le problème du peuple palestinien traîne depuis 1948. Le Roi Abdallah de Jordanie, le Premier ministre de la Norvège, Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations Unies l’ont déjà dit: « il n’y aura pas de stabilité dans cette région s’il n’y a pas de solution apportée au problème palestinien ». Tout le monde le reconnaît. Pourtant pratiquement soixante après, le problème du peuple palestinien n’est toujours pas résolu, malgré les nombreuses résolutions des Nations Unies qui demeurent inappliquées. Pourquoi la communauté internationale accepte-t-elle les violations des Droits de l’homme et le mépris de ces résolutions ?
Propos recueillis par Emmanuelle Dethomas.
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